Les réflexes archaïques

Votre enfant ne tient pas en place ? En classe, à table, il a du mal à rester assis, il gigote sur sa chaise… ses stylos, ses couverts tombent sans cesse… Quand il écrit ou dessine, il tient sa tête avec sa main, ou pose sa tête et son bras sur la table… il s’assoit en tailleur sur sa chaise ou avec un genou replié sous la fesse ? Il a des difficultés de concentration ? d’écriture ? de lecture ? On lui a diagnostiqué un trouble « dys » (dyslexie, dyspraxie, dyscalculie) ou un TDA/H (Trouble de l’Attention avec ou sans Hyperactivité) ? Il est d’une grande timidité ? a des accès de colère ? il manque de confiance en lui ? il a du mal à faire des choix ?

Alors peut-être a-t-il des réflexes archaïques toujours actifs.

Les réflexes archaïques ? C’est quoi ?

réflexe d'agrippement

Si vous êtes parents, vous en avez déjà entendu parler. Mais si ! Rappelez-vous ! A la naissance de votre enfant, quand le médecin l’a soulevé par les aisselles et qu’il s’est redressé et mis à marcher, un pied devant l’autre ! Ou quand, durant les premiers mois de sa vie, bébé vous agrippait fermement le doigt, ou les cheveux, ou tout autre chose mise dans sa paume. 

Hé bien, les réflexes de la marche et d’agrippement (ou grasping) sont des réflexes archaïques.

A sa naissance, le nourrisson possède une dizaine de réflexes dits « archaïques », ou « primitifs ». A l’instar de tous les réflexes, les réflexes archaïques sont des mouvements automatiques et involontaires déclenchés par un stimulus. Mais à la différence d’autres types de réflexes (rotulien, pupillaires…), les réflexes archaïques ont la particularité de s’intégrer naturellement durant la première année de vie du bébé, laissant place à des mouvements volontaires ou des réflexes posturaux (ou de vie). Quand on dit qu’un réflexe « s’intègre », cela ne signifie pas qu’il a disparu, mais qu’il a disparu à l’observation. Il est en quelque sorte rangé dans un tiroir du cerveau. En cas de nécessité (stress, réel danger), les réflexes reprennent les commandes le temps d’assurer notre survie (physique et émotionnelle) (donc quelques secondes seulement). La phase d’intégration peut se prolonger jusqu’à trois ans pour certains réflexes. Mais à trois ans, tous les réflexes devraient être intégrés.

à quoi servent-ils ?

La plupart des réflexes archaïques apparaissent dès la vie fœtale. Leur présence à la naissance est le signe du bon développement du système nerveux.

Les réflexes archaïques et les réflexes de vie constituent la base du développement de tout être humain. Ils sont essentiels à la survie du bébé (naître, se nourrir, se protéger), mais aussi à son développement moteur. C’est à force de répéter les mouvements réflexes que le bébé va progressivement renforcer son tonus musculaire, apprendre à se mouvoir et coordonner ses mouvements, notamment à contrôler sa tête indépendamment du reste du corps.

Ils ont également un impact sur la sphère cognitive (processus mentaux en jeu dans l’acquisition des connaissances) et émotionnelle (sécurité intérieure, résistance au stress, confiance en soi, capacité d’adaptation, capacité à faire des choix, compétences relationnelles).

En outre, selon certains chercheurs, ils participeraient au développement des connexions neuronales.

Quelles conséquences en cas de réflexe non ou mal intégré ?

Arrête de gigoter, tient-toi droit, arrête de mâchouiller ton stylo, assied-toi correctement, rentre ta langue, et si toutes ces remarques avec lesquelles on inonde les enfants étaient liées à une mauvaise intégration des réflexes archaïques ?

Il arrive (pour diverses raisons et notamment si le bébé est entravé dans sa motricité) que des réflexes archaïques ne s’intègrent pas, ou pas complètement. Ils vont alors venir parasiter le fonctionnement de l’enfant et même de l’adulte, et affecter les compétences dans les sphères sensori-motrice, émotionnelle et cognitive.

Difficultés cognitives

Latéralité croisée (ex. main dominante à droite mais œil dominant à gauche) qui occasionne des difficultés de lecture, d’écriture, d’orientation spatio-temporelle, de mathématiques, de raisonnement,…

Difficultés émotionnelles

Timidité excessive

Stress permanent (sursaut au moindre bruit)

Difficultés à réguler ses émotions, susceptibilité

Manque de confiance en soi

Mauvaise estime de soi

Ne regarde pas dans les yeux en parlant

Difficulté à dire « non », à s’affirmer

Accepte mal les changements

Difficultés sensori-motrices

Hypersensibilité auditive (gêné par les bruits forts et soudains)

Hypersensibilité tactile (n’aime pas le contact physique (câlins…), gêné par les étiquettes des vêtements)

Hypersensibilité à la lumière

Hypersensibilité aux odeurs

Difficile sur le plan alimentaire

Mal des transports

Tension des mâchoires, bruxisme (grincement des dents pendant le sommeil)

Problèmes d’articulation

Posture voûtée

Énurésie (pipi au lit)

Perte d’équilibre

Maladresse

Agitation

Met tout à sa bouche

Mauvaise coordination

Difficulté pour mâcher, manger des morceaux

Tient mal son stylo

N’écrit pas sur la ligne

Sort sa langue en écrivant, en découpant

En outre, pour bloquer le mouvement réflexe qui le parasite dans ses activités, l’enfant, ou l’adulte, met en place, inconsciemment, des stratégies posturales de compensation, comme s’assoir en W au sol, s’assoir en tailleur sur une chaise ou avec un genou replié sous la fesse, enrouler ses jambes autour des pieds de la chaise, tourner sa feuille à la perpendiculaire quand il écrit, marcher les pieds vers l’intérieur… Si l’enfant parvient à rester concentré sur sa tâche, c’est au prix d’efforts considérables puisqu’il doit mobiliser son énergie et ses capacités attentionnelles à la fois sur la tâche à effectuer et sur la stratégie compensatoire.

Ces difficultés sont parfois mises sur le compte des troubles des apprentissages (troubles « dys », Trouble de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDA/H)) alors que ce n’en est pas toujours un.

que faire en cas de réflexe non ou mal intégré ?

Des professionnels de l’éducation et de la santé ont mis au point différentes techniques corporelles innovantes permettant d’intégrer les réflexes archaïques.

En cas de réflexes archaïques non intégrés, il est donc possible, à tout âge, de les intégrer, permettant alors à la personne d’avoir accès à toutes ses ressources et d’atteindre son plein potentiel d’apprentissage.

La méthode RMT® (Rythmic Movement Training) a été développée par le psychiatre suédois Harald Blomberg, à partir des travaux de la photographe suédoise Kerstin Linde, spécialiste du mouvement, qui, suite à ses observations sur la façon dont les nouveau-nés bougeaient, avait mis au point un programme de mouvements imités des mouvements naturels et spontanés des bébés.

L’Australienne Moira Dempsey, spécialisée en kinésiologie éducative du développement, a développé une version éducative du RMT® (à visée plus thérapeutique) et ouverte sur l’international, le RMTI® (Rhythmic Movement Training International). Il s’agit de la méthode à laquelle je me suis formée.

Ces deux méthodes utilisent, en plus des mouvements passifs et actifs, et d’un travail sur la conscience corporelle, des pressions isométriques douces issues des travaux de Svetlana Masgutova, docteur en psychologie russe, fondatrice de la méthode MNRI® (Masgutova Neurosensorimotor Reflex Integration).

Les méthodes Padovan et Alexander sont également des techniques d’intégration des réflexes archaïques.

Un suivi en intégration des réflexes archaïques ne se substitue en aucun cas aux autres prises en charge (orthophonie, psychomotricité…). Il est complémentaire.